Biographie

Source : https://www.leconomiste.com/article/quelques-comptes-et-legendes-d-ici-basbrpar-claude-senouf

Claude Sénouf partage son temps entre Casablanca, Paris et le Moyen-Orient. Il réalise des documentaires télévisés et de radio, avec précisément pour spécialité le Moyen-Orient, dont il connaît les méandres palestiniens et israéliens. Il s’est impliqué dans le mouvement des radios libres en France et en Suisse, où il a créé deux stations locales, Klov. Il a monté un site Web, http://www.the-tent.org, où il commente l’actualité proche-orientale et diffuse les vidéos qu’il a réalisées avec les leaders du Proche-Orient

Parmi les victimes de la Shoah, certains rescapés sont devenus agnostiques. Où était Dieu pendant le choix de Sophie, contrainte à désigner sous les ricanements des kapos lequel de ses enfants elle enverrait à la mort pour sauver l’autre? La réponse à cette question n’est pas de ce monde, mais la liberté de choisir appartenait encore à ces femmes et ces hommes; c’était à peu près tout ce qui leur restait. D’autres sont devenus religieux car ce n’est que dans l’immensité de la transcendance spirituelle qu’ils ont tenté de retrouver des lambeaux de paix.Cette souffrance absolue illustre la conscience de l’homme face à la tragédie de son destin et induit deux comportements: l’un moral, qui situe le Créateur comme l’arbitre du bien et du mal, l’autre qui le consacre comme l’entité infinie fondamentale, une sorte d’invitation pour la pensée à relever le défi de ses limites.

Il y a donc deux registres bien distincts et l’amalgame de ces deux entités est la cause de contresens. Ils consistent à laisser croire que les règles de vie devraient calquer leurs mécanismes sur un mouvement transcendantal perpétuel. Sur le plan théologique, ce contresens est hérétique car il fixe à l’homme des objectifs inaccessibles, comme si le dogme existait pour que l’homme soit toujours en faute.Malgré l’interdiction et pour cause de disette, les Juifs tunisiens ont acquis le droit de manger du riz à Pessah, la Pâque juive, qui se termine par la célébration de «Mimouna».

Cette période de huit jours qui évoque la sortie d’Egypte pendant laquelle les Juifs s’astreignent à ne pas consommer de pain ou tout autre aliment susceptible de fermenter (dont en principe le riz), culmine par «Mimouna», une tradition religieuse spécifiquement marocaine. Elle est devenue célébration nationale à laquelle s’associent les politiciens israéliens pour courtiser le vote des Marocains.

C’est une jolie revanche de voir les Ashkénazes se plier aux coutumes orientales («ada») et de mettre jellaba blanc, tarbouche et blair, pour un peu ils changeraient leur nom en Ben Braunstein. Chaque maison ouvre ses portes et présente une table qui contient des douceurs, en particulier des crêpes appelées moufletas qui sont exactement nos «msmen». Cette tradition qui célèbre le retour du pain, certainement inspirée de rites païens et maraboutistes, est devenue une occasion d’associer une hospitalité festive à la fierté ostentatoire de la réussite sociale.. Obsession de la puretéCe que l’on appelle le «hametz» (en arabe «hamd», acide) est la matière dont la nature organique fermente, sa consommation est interdite pendant huit jours.Mais une quête obsessionnelle de la pureté corrompt la dimension spirituelle, infinie et éternelle du divin. La confusion qu’elle engendre laisse le champ libre à des comportements qui confondent marquage identitaire et élévation spirituelle.

Comme ces religieux croient agir au nom de Dieu, ils ne fixent pas de limites à leur champ d’expertise. Des communautés ont adopté une forme de fondamentalisme ou d’orthodoxie similaires, au-delà des clivages d’appartenance à telle ou telle religion. Une des constantes est le rapport à l’impureté.

La valeur rajoutée à l’interdit, passe de l’autre côté du miroir et s’inscrit dans un système qui se décline en trois étapes.La première est le partage d’un rite codifié dont la pratique détermine l’appartenance à un cercle fermé. La deuxième est l’acceptation absolue du rite et de son énigme dans sa globalité. La troisième est la signification transcendantale acquise par le rituel et sa translation du tangible au mystique.

La transgression des interdits est diabolisée à tel point qu’elle peut représenter une menace pour les libertés individuelles. Inversement, la loi sur le voile est une intrusion dans la vie privée des citoyens et au lieu de promouvoir les valeurs de liberté usuellement associée au laïcisme, elle développe une réaction communautaire allant à l’encontre de l’établissement d’une culture métissée qui est l’avenir de l’Europe et dont on ne fait guère état dans ce vote du 29 mai. Le débat devrait se situer ailleurs qu’autour du maintien de l’ensemble des acquis sociaux.

Le grand défi de l’Europe, singulièrement absent du discours politique, est l’absorption harmonieuse de populations provenant de l’Afrique avec ses horizons culturels et religieux. Alors que la diversité est source d’enrichissement, elle fait aussi, en l’absence de coordination, le lit du racisme et de l’intolérance. On évoque, en Europe, l’antisémitisme en des termes statistiques mais les causes profondes de cette lame de fond qui risquerait de vider la France de sa population juive, restent floues.

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