Biographie

Gerda Hegedus est indiscutablement la grande dame des peintres expatriés au Maroc, où elle vit et peint depuis une cinquantaine d’années. Née à Vienne en 1926, l’ancienne riche et brillante capitale impériale de la monarchie des Habsbourgs, elle grandit à Rio de Janeiro avant de beaucoup voyager à travers tout le contient américain et l’Europe. Elle a ensuite étudié la peinture à Stuttgart avec les professeurs Orach et Hils, puis à la Fondation Braques de Barbizon, près de Paris, ainsi qu’à Rio, en Californie et à Boston.
Hegedus a exposé ses œuvres au cours de nombreuses années dans d’innombrables galeries, salons et pays. Citons la prestigieuse galerie Katia Granoff de Paris (1982, 1993 et ensuite en permanence), la Galerie Raspail de Paris (1984, 1985) et la Galerie du Cherche-Midi de Paris (1986). Elle a aussi fréquemment exposé dans ce Maroc qu’elle aime tant, notamment, en 1979, à la Galerie nationale, Bab Rouah, à Rabat sous le haut patronage du ministre de la Culture et de l’ambassadeur d’Autriche, et aussi à la Galerie Venise-Cadre de Casablanca (1989, 2004).
Citée dans divers annuaires d’artistes, y compris dans le dictionnaire E. Benezit (édition de 1989) qui fait autorité, récompensée d’innombrables médailles d’or et d’argent, elle est membre de la société des artistes indépendants et de l’Académie européenne des Arts de France.
L’exposition actuelle de Gerda Hegedus à la Galerie d’Art Lawrence-Arnott de Tanger démontre amplement qu’elle a mérité tous ces honneurs!
Ses œuvres impressionnistes, innocentes, ensoleillées sont exemptes d’un contexte politique dérangeant.
Leur charme dépend de l’innocence de l’observation et de la représentation immédiate, caractéristiques qui sont parmi les plus séductrices des techniques de peinture. Hegedus est une professionnelle amatrice dans le meilleur sens du terme; elle peint pour le plaisir et non pour le profit et peindre n’est pas sa seule vocation. En conséquence, ses œuvres sont libres de tout aspect commercial, ce vice qui déprécie les toiles de beaucoup de jeunes peintres qui font tout pour être à la mode, dans le dessein de vendre leurs toiles plutôt que de s’exprimer en tant qu’artistes.
Confiante à juste titre en son talent, ses peintures possèdent une spontanéité et une fraîcheur, un caractère personnel et, parfois, un soupçon d’excentricité délibérée et amusante, qui sont les caractéristiques des peintures de génie. Elle ignore les règles. Elle fait sans hésiter ce qu’aucun autre peinture impressionniste n’oserait faire: introduire à l’occasion dans son travail la simplicité des formes, l’humour et l’irrévérence pour les caractéristiques de la perspective de l’école des Naïfs.
C’est ainsi qu’elle est capable de produire une toile atypique comme Koutoubia (D) sur laquelle l’imposant minaret de la Marrakech impériale, célèbre dans le monde entier, se trouve réduit aux proportions charmantes et courtaudes d’une mosquée de village que dépassent presque les palmiers environnants et qu’écrasent encore plus les silhouettes volontairement surdimensionnées des autochtones introduites au premier plan. Dans cette œuvre, même l’utilisation que fait Hegedus de la texture et des couleurs de la peinture à l’huile se prête à cette forme caractéristique d’impressionnisme naïf.
Des roses passés, des verts mousse, des éclats de rouge cadmium et de turquoise créent une merveilleuse discordance et révèlent le génie de la simplicité. Dans une autre de ses œuvres impressionnistes naïves Village heureux (G) la manière, l’échelle et la palette rappellent curieusement le premier vrai peintre impressionniste naïf du Maroc, l’aristocrate et homme politique de l’Istiqlal: Abderrahmane Menebhi (1898-1976). Menebhi, qui était l’ami et le contemporain de peintres internationalement connus comme Sir John Lavery (1856-1941), Sir Winston Churchill (1874-1965) et, bien sûr, du génie de l’art naïf marocain, Mohammed Ben Ali R’Bati (1861-1839), incorporait souvent des éléments de leurs techniques dans son propre travail; de même, les toiles de Hegedus reflètent une diversité d’influences subtiles.
Son Opus Magnum dans cette exposition, Entre ciel et mer, est une représentation superbe de la Mosquée Hassan II de Casablanca. La mosquée est presque le sujet secondaire du tableau qui vit surtout par une admirable mer en furie dans les tons de turquoise et un ciel percé de rayons de soleil. Les jeux de lumière et d’écume, des rochers immuables, contrebalancés par la fugacité des vagues déferlantes est un enchantement pour celui qui regarde et se trouve attiré par une peinture qui doit tout à l’influence de Joseph Turner (1775-1851) et absolument rien aux techniques de l’école naïve.
Dans RETOUR AU VILLAGE (H) Hegedus prouve qu’elle est un véritable maître de l’impressionnisme. Cette peinture est un bijou dans lequel la lumière et la couleur se fondent insensiblement; elle représente des silhouettes en costumes traditionnels, éclairées par le soleil et se dirigeant à travers une campagne dégagée vers un distant village.
L’économie du travail du pinceau est étonnante. Les travailleurs qui s’en retournent, vêtus des djellabas couleur terre de Sienne, leurs turbans de simples taches de blanc brillant au titanium, rappellent les peintures marocaines de Sir John Lavery au summum de son talent. Et une fois encore, l’horizon lavande et gris tourterelle, rehaussé de minces applications de blanc et de jaune citron au cadmium, est inondé de cette lumière qu’on associe particulièrement avec Turner.
Hegedus soit une impressionniste d’une sensibilité exceptionnelle à l’atmosphère, c’est évident. Dans ESSAOUIRA SOUS LA BRUME (F), le sujet choisi: le port d’Essaouira gardé par ses tours est voilé d’une brume marine mauve lavande avec des taches gris tourterelle appliquées avec un tel succès qu’elles dissolvent les structures physiques du château, les constructions du port et les gens.
Tout en étant maître dans l’art de la petite toile, l’artiste est également capable de maîtriser une œuvre beaucoup plus importante.
Dans CASBAH AUX NUAGES ROSES (B), elle présente un sujet cher à Jacques Majorelle (1186-1962) et Henri Pontoy (1888-1968), un ksar entouré d’une haute muraille rouge rosé mais traité dans son style particulier dans lequel un horizon lavande et rose rayé de soleil, taché de jaune au cadmium, semble non seulement envelopper et absorber la bâtisse branlante, mais lui donner forme et couleur.
Cette technique est la marque de son art: créer les formes par la lumière. Elle l’emploie encore et encore, comme dans vued’Essaouira (E) où c’est la lumière argentée du ciel et la mer gris ardoise et frangée d’écume qui définissent la ville, plutôt que ses murailles ocre; et dans Sur le chemin (I) où un coucher de soleil de doux orange et de jaune au cadmium lavé de lavande et de gris tourterelle fait naître le paysage et un ksar éloigné, plutôt que de délimiter leurs contours.
Quand on regarde ces toiles superbes, on est obligé de penser aux œuvres de grands maîtres comme Joseph Turner (1775-1851), John Singer Sargent (1856-1925), Sir Hohn Lavery (1855-1945) Lucien Levy-Dhurmer (1865-1953), et Henri Séné (1889-1961). Mais pourquoi ? Quel est le point de convergence essentiel de l’œuvre de Gerba Hegedus avec celles de ces génies reconnus ? Et bien, c’est ce talent affirmé qu’ils possédaient tous de savoir peindre la plus manifeste et éternelle des Energies Divines: la lumière!

Ses œuvres

Hegedus Gerda
Format: 50 x 40 cm
Référence: Ref.1920 as-ta
Prix: En cours